Une doctrine médiévale, dite des signatures, énonçait que les caractéristiques d'une plante indiquent l'organe sur lequel elle agit. Rouge, elle soigne le sang; amère, elle vise la vésicule biliaire (la bile est amère, n'est-ce pas ?). La science confirme souvent cette observation traditionnelle, l'un des exemples les plus frappants étant la feuille d'artichaut qui, très amère, figure dans nombre de spécialités pharmaceutiques pour soigner le foie.

Un long périple depuis l'Egypte.

L'artichaut qui fait les délices de nos tables est sorti, par une série de lentes améliorations, du chardon sauvage (chardon) des régions méditerranéennes. Tous deux sont des plantes de grande taille dont la tige robuste, qui peut atteindre 1m à 1m50, porte des grandes feuilles très découpées. Les fleurs bleues ou violacées sont réunies en capitules qui, s'ils n'ont que 4 à 5 cms de diamètre chez le cardon, peuvent en atteindre 8 à 15 chez l'artichaut, et c'est cette fleur que nous mangeons.

Parmi les offrandes figurées sur les monuments égyptiens, on observe fréquemment ces gros capitules semblables à des pommes de pins. On sait par Théophraste — qui le nommait pternix — que l'artichaut d'aujourd'hui se consommait déjà au IVe siècle av. J.C. Passant par Rome sous les noms de spomdulos et askalias, il réapparaît en Espagne du temps des Arabes, en Sicile, puis à Naples et à Venise pour arriver sur les tables de princes et fermiers généraux français au XVIe siècle.

Remède du foie.

Les propriétés thérapeutiques de la feuille d'artichaut, connues depuis le XIVe siècle, mises à profit au XVIIIe par Chomel et Lémery, ont été précisées de nos jours grâce à des travaux datant d'une cinquantaine d'années, comme un médicament spécifique du foie.

J.Brel mit en évidence les trois propriétés fondamentales de l'artichaut : cholérétique, il excite la production de la bile; cholagogue, il facilité son évacuation vers l'intestin; et diurétique, il provoque l'élimination de l'urine.
Le Dr Léon Tixier précisa cette action "remarquable sur les métabolismes de l'urée et du cholestérol, et les excellents résultats obtenus chez les insuffisants hépato-rénaux permettant d'affirmer que Cynara scolymus constitue une des plus belles conquêtes de la phytothérapie."

Pour soigner la constipation et l'excès de cholestérol.

Grâce à son action biliaire, drainante et détoxicante, l'artichaut est inégalé dans tous les troubles d'origine hépatique : intoxications alimentaires, excès de graisses et d'alcool, lenteur digestive, jaunisse, lithiase biliaire. Il faut toutefois l'éviter en cas de calculs biliaires graves car, en excitant les contractions de la vésicule, il risquerait de provoquer un spasme qui bloquerait un calcul et déclencherait une crise douloureuse.

Sans être un laxatif, l'artichaut est un vrai médicament de la constipation, car celle-ci est souvent liée à une insuffisance de la sécrétion de la bile, nécessaire pour déclencher les mouvements l'intestin. Par son action détoxicante, il peut être utile dans les dermatoses, urticaire, eczéma, acné. Facilitant l'assimilation des graisses, il lutte efficacement contre le cholestérol en excès, suffisant souvent à le normaliser, dans les cas où il n'est pas trop élevé.
Enfin, l'extrait de feuille d'artichaut trouve sa place dans le traitement du surpoids ou de l'obésité, grâce à sa triple action anti-graisse, désintoxicante et diurétique.